Universitaire et essayiste Georges Banu est mort à l’âge de 79 ans le samedi 21 janvier 2023, fait savoir l’un de ses éditeurs Actes-Sud. Arrivé en France en 1971, Georges Banu était né le 22 juin 1943 à Buzău en Roumanie. Codirecteur de la revue Alternatives théâtrales, il dirigeait la collection « Le temps du théâtre » chez Actes-Sud.

« C’est l’une des grandes mémoires du théâtre qui disparait » vient de nous confier Françoise Nyssen, la directrice des éditions Actes Sud, et la Présidente de Festival d’Avignon. « Nous avons traversé tant d’années avec lui. C’est lui qui nous avait présenté à Antoine Vitez et à tant d’autres ». Georges Banu a consacré de nombreux travaux aux figures emblématiques de la mise en scène moderne, de Peter Brook à Antoine Vitez, de Jerzy Grotowski et Tadeusz Kantor à Ariane Mnouchkine ou Giorgio Strehler. « Sa connaissance de la scène européenne et mondiale, son érudition et son verbe imagé ont fait de lui un spectateur particulièrement éclairé et un écrivain très apprécié » rend hommage dans un communiqué l’Institut Culturel Roumain de Paris.

Georges Banu est l’auteur d’une trilogie autour du théâtre et de la peinture – Le Rideau, L’Homme de dos et Nocturnes (éditions Adam Biro) – et d’une autre qui réunit L’Oubli, Le Repos et La Nuit (éditions Les Solitaires intempestifs). Son ouvrage Le Rouge et or (éditions Flammarion/Rizzoli) est une œuvre de référence pour la poétique du théâtre à l’italienne. Il a consacré un essai intitulé Notre théâtre, La Cerisaie (Actes Sud) à l’œuvre de Tchekhov et un autre au théâtre japonais, L’Acteur qui ne revient pas (Gallimard).

Il a publié La Scène surveillée et Miniatures théoriques aux éditions Actes Sud, l’anthologie commentée Shakespeare, le monde est une scène et Les Voyages du comédien aux éditions Gallimard, et conçu et dirigé les ouvrages collectifs L’Enfant qui meurt (éditions l’Entretemps) et Les Voyages ou l’ailleurs du théâtre (éditions Alternatives théâtrales).

Georges Banu était président du Prix Europe pour le théâtre et avait lui-même reçu trois fois le prix du meilleur livre sur le théâtre du Syndicat de la critique ainsi que le grand prix de la Francophonie de l’Académie française en 2014.

Dans son dernière ouvrage, Les objets blessés, paru chez Cohen & Cohen éditeurs, Georges Banu avait réuni des objets blessés de son appartement fournissant les preuves des accidents : des statues brisées, des tableaux détériorés, des œuvres calcinées.

Source: La mort de Georges Banu, universitaire et essayiste (sceneweb.fr)

Un texte de Georges Banu paru dans Le Monde sur le silence et le départ…:

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Les applaudissements sont le signe extérieur du succès. Ces derniers temps, par des stratégies techniques ou de mise en scène, on s’emploie à les prolonger abusivement. Qui trompe-t-on avec ce rassurant bulletin de santé ? C’est une illusion trompeuse car ce qui réconforte vraiment ce sont les applaudissements qui se lèvent comme une lame de fond au terme du spectacle. Une communauté s’affirme alors dans le bonheur de sa plénitude. C’est une énergie qui surgit et, ensemble, on en éprouve l’impact.

Mais l’homme de théâtre sait que, bien avant les saluts, il y a des signes précurseurs, que l’expérience lui a appris à décoder. Feuilleter le programme, Brook me l’a dit, symptôme d’ennui, les toux éparses, le frémissement gêné… Les applaudissements, protocole respecté, ne sauront pas effacer les indices inquiétants fournis par le comportement du public. Ils sont repérables. Lisibles.

Mais la salle peut envoyer aussi d’autres messages, cette fois-ci plus rassurants, car, en restant concentrée, elle instaure un silence que chacun “entend”, le silence de la communion accomplie. Silence amoureux qui accompagne les acteurs. Silence de l’accord avec la scène que chaque homme de théâtre assimile à la reconnaissance tacite et implicite du spectacle. Il sait entendre le silence et apprécier les degrés d’intensité.

Parfois, exceptionnellement, il se prolonge un instant après la fin de la représentation comme si, le souffle coupé, nous éprouvions le besoin de ce suspens pour mieux le retrouver. Alors tout applaudissement précipité prend le sens d’une agression, d’un irrespect médiocre de notre silence commun. Le silence, c’est le signe intérieur de succès.

MODES VIOLENTS OU DISCRETS

On pourra répliquer que ce silence peut prendre le sens d’une dévotion mystique. Nullement, mais il faut, reconnaissons-le, un certain entraînement pour identifier ce silence amoureux et le dissocier de l’autre, initial et programmé. La qualité du silence est un acquis, une victoire sur la distraction, un dépassement de soi pour mieux se mettre à l’écoute de la scène. Les expériences extrêmes du théâtre nous conduisent à faire d’abord le silence en nous, silence qui, par contamination, transforme la salle tout entière en caisse de résonance. Le silence, c’est l’écho muet et heureux d’une représentation accomplie. Il n’a rien de préalable, c’est le théâtre qui l’a gagné.

L’homme de théâtre ne fustige rien de plus que le spectateur qui quitte une salle au point même d’élaborer une fois encore des stratégies à même de juguler les hémorragies prévisibles. La suppression de l’entracte s’explique, parmi d’autres, par de pareilles craintes aussi. A-t-on droit de partir ? Etant jeune, dans une salle bondée, je me souviens d’un vieux metteur en scène respecté que j’ai vu se lever, lorsqu’il a appris que, selon les coutumes de l’avant-garde des années 1960, les portes du théâtre étaient fermées. En se retournant vers nous, il cria : “Je ne resterai jamais dans une salle d’où je ne peux pas sortir !”

Il y a des modes violents ou discrets pour quitter une salle, mais ce départ doit toujours rester possible. A-t-on lu tous les livres jusqu’au bout ? Parfois c’est au nom du “théâtre” justement que l’on part. Lorsque tout ce que la scène avance semble contrarier l’idée que je me fais de lui, je me sens légitimé de quitter la salle. Par ce départ volontaire, à mon modeste niveau, je refuse d’être complice.

Certains spectateurs motivent le départ par le fait que c’est leur corps, physiquement, qui réclame la fuite. Oui, mais d’abord il faut se mettre à l’épreuve ; c’est pourquoi sont déplorables les départs précipités qui ne donnent pas sa chance au spectacle. Mais, par ailleurs, comment blâmer ce spectateur vénitien qui, en sortant d’un spectacle de kabuki, hurlait, au bout de trois heures : “Io non posso piu !” Pas d’opprobre pour celui qui se révolte. Il avait le droit de regagner sa liberté, de respirer.

Une question : pourquoi part-on toujours en couple ? Est-ce signe de fusion ou de soumission ? Partir ce n’est pas ne pas aimer le théâtre, bien au contraire, c’est l’aimer trop. C’est la preuve d’un amour contrarié. Aveu d’un spectateur amoureux, certes, mais jamais captif.

Source: Silence amoureux et départ volontaire, par Georges Banu (lemonde.fr)

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